Troubles digestifs et maladie de Parkinson : la recherche avance
Paru dans Le Parkinsonien Indépendant N°32 – mars 2008
Taguy Chaumette et Thibaud Lebouvier
Inserm U913 et service de neurologie, CHU de Nantes
Les troubles digestifs sont particulièrement fréquents dans la maladie de Parkinson. On estime par exemple que plus de deux parkinsoniens sur 3 souffrent de constipation sévère, et ce symptôme est souvent très précoce dans le cours de la maladie. L’atteinte du système nerveux entérique, ce réseau complexe de neurones situé dans les parois du tube digestif, explique en partie ces troubles. Des découvertes récentes montrent en effet que le système nerveux entérique est touché par la maladie au même titre que le système nerveux central (le cerveau), et que cette atteinte pourrait même dans un certain nombre de cas précéder les signes moteurs de la maladie (tremblement, lenteur du mouvement et rigidité).
Le système nerveux entérique contrôle la progression du bol alimentaire au cours de la digestion et l’absorption des nutriments. Son activité est autonome quoique régulée par ses connexions avec le système nerveux central. En 2003 Heiko Braak, un chercheur allemand renommé pour ses travaux dans la maladie d’Alzheimer, a émis l’hypothèse que la maladie pourrait débuter dans le système nerveux entérique, et gagner le cerveau par les connexions existant avec le système nerveux central.
Dans le but de comprendre la maladie de Parkinson et en particulier ses répercussions sur le système digestif, nous avons récemment initié une étude visant à mieux caractériser les altérations du système nerveux entérique au cours de la maladie. Deux stratégies ont été choisies : l’étude d’un modèle animal reconnu d’une part, et une étude originale et inédite réalisée directement chez des volontaires parkinsoniens d’autre part.
Le modèle animal que nous avons choisi est le singe intoxiqué par une substance (le MPTP) qui reproduit les lésions cérébrales et les symptômes de la maladie de Parkinson. Nous avons pu analyser le tube digestif de ces singes en nous focalisant sur le système nerveux entérique, et avons d’ores et déjà établi qu’il y existe, comme dans le cerveau, une disparition d’une certaine catégorie de neurones. La perte de ces neurones dits dopaminergiques car ils sécrètent la dopamine (un neurotransmetteur déficient dans le cerveau des parkinsoniens) pourrait expliquer les problèmes de constipation rencontrés par de nombreux malades.
L’étude chez l’homme est menée chez des parkinsoniens qui doivent passer une coloscopie exploratrice lorsque leur constipation est particulièrement sévère. Ces patients nous autorisent à réaliser des biopsies superficielles et indolores du côlon au cours de l’examen. Grâce aux techniques que nous développons, il est possible d’analyser plusieurs dizaines de neurones sur une biopsie de moins de 5 mm ! L’étude n’en est qu’à ses débuts, et les premiers résultats, particulièrement intéressants, demandent encore à être confirmés.
Notre étude est intéressante sur au moins deux plans : sur un plan fondamental d’une part, puisqu’elle laisse espérer une compréhension plus large de la maladie de Parkinson, et la possibilité de vérifier l’hypothèse de Heiko Braak (la maladie commence-t-elle au système nerveux entérique ?); sur un plan thérapeutique d’autre part, puisque grâce à ces premiers résultats, nous devrions prochainement lancer un essai thérapeutique sur la constipation du parkinsonien. Fait inédit, la molécule que nous testons agit directement sur le système nerveux entérique pour stimuler le transit intestinal.
C’est un privilège d’être soutenu dans l’ensemble nos travaux par l’association CECAP, avec laquelle nous entretenons une relation privilégiée, directe et amicale.
Tanguy CHAUMETTE
Thibaud LEBOUVIER
Écrit par gp29 le 11 avril 2008 à 09:01
